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HISTOIRES D'ITALIE



Par Catherine Rohard

Carlo GESUALDO (1560 - 1613)
gesualdo

Le Palais contigu au Palais Sansevero appartient à un autre grand seigneur parthénopéen, le prince Carlo Gesualdo de Venosa. Carlo Gesualdo(1560-1613) possède au moins deux titres de gloire. Pour le mélomane, c’est le compositeur qui, dans ses madrigaux, porta les pouvoirs expressifs de la musique à un point de beauté et d’extase inconnu jusqu’alors et jamais surpassé depuis, même si on le compare à son contemporain,Monteverdi.

Ecoutez n’importe lequel de ses madrigaux. Il s’en dégage une essence entêtante et subtilement vénéneuse, comme d’un sonnet de Baudelaire. Monteverdi à côté présente la rondeur carrée et tonique d’une ode de Victor Hugo. Là où Monteverdi décrit du dehors les effets du combat qui se déroule dans son âme, Gesualdo se glisse à l’intérieur des émotions, il en épouse chaque repli, il souffle l’amant et gémit avec le supplicié. Le Tasse, qui était un de ses amis et qu’il recevait dans son palais lui a fourni plusieurs poèmes. Passions d’amour et goût de se torturer jusqu’à la folie : nul autre sujet ne pouvait inspirer, semble-t-’il, le prince de Venosa.

C’était son côté Caravage, choc d’ombres et de lumières. Le miracle de ces compositions, d’une brièveté convulsive. C’est qu’on y entend chaque voix isolément au sein de la déploration ou supplication collective. Voix de cristal, voix de cruauté qui se détachent avec une tranchante netteté, comme des silhouettes par une nuit de lune.

Soit le court poème « Baci soavi e cari » qui développe l’idée qu’une âme ravie par l’extase d’amour oublie les tourments de la mort.

« Et pourtant on meurt » ! conclut le dernier vers de la strophe,
« e pure si more ! »

Gesualdo a ici une trouvaille sublime, UN SAUT D’OCTAVE du ténor sur le O de more. La voix brusquement monte les huit degrés de l’échelle diatonique : image puissante de l’homme saisi par la pensée subite de la mort et qui se redresse dans son lit, les yeux écarquillés par l’horreur. Le cri, le cri nu, est impossible à rendre en musique ; L’invention du saut d’octave était le seul moyen de tourner cette impossibilité. Nul ne peut entendre ce passage sans sentir ses cheveux se dresser sur sa tête. C’est un des effets les plus forts de toute l’histoire de la musique, la seule fois peut-être où la mort a fait irruption dans le tissu harmonique pour le déchirer de bas en haut. Les autres morts illustres, que ce soit dans le Couronnement de Poppée  ou celle de Violetta dans la Traviata  sont des descentes en douceur, des glissements progressifs dans le néant, qui apportent en antidote à l’horreur la consolation d’un mélodieux éblouissement.

Gesualdo,  lui dresse la mort tout debout. Proche du Moyen-Âge, il subit encore la fascination épouvantée des danses macabres ; mais, l’esprit Moderne, il l’exprime par ce trait inouï d’audace. Gesualdo  est avant tout un grand musicien, mis à part au second plan l’évènement qui bouleversa sa vie.

 

En 1586, Gesualdo avait épousé sa cousine Maria D’Avalos. Comme il montrait assez peu de goût pour la vie conjugale, la belle Maria se consola avec Fabrizio Carafa, duc d’Andria. Le 16 octobre 1590, le mari surprit sa femme en flagrant délit d’adultère. Il tira son épée et tua de sa main l’amant. Quant à l’épouse, il l’emmena dans son château provincial d’Avellino et l’enferma dans une tour où elle mourut d’inanition. N’exagérons pas les conséquences extérieures de ce double crime. Le Prince après avoir fait retraite dans ce même château, revint à Naples au bout de deux ans à peine. Puis, avec l’appui de son oncle archevêque, il entreprit les démarches qui devaient aboutir à son remariage avec Eléonore d’Este, fille du duc de Ferrare Alfonso. Union prestigieuse puisqu’elle était la fille d’un prince régnant, et des plus avantageuses du point de vue pécuniaire.