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HISTOIRES D'ITALIE



Par Catherine Rohard

rouge pompeien

Le ROUGE POMPEIEN et le JAUNE DE NAPLES, leur histoire.

 

I Le Rouge Pompéien

 

Les premiers archéologues qui ont entrepris des fouilles à Pompéi dès 1748 pour le compte du roi Charles de Bourbon, ont été frappés d’étonnement par la décoration des pièces des maisons romaines. Très rapidement, les fresques furent retirées des sites archéologiques pour les préserver du climat et des pillages.

La couleur « ROUGE » dominait dans les habitations mises au jour et était si éclatante dans les ruines de Pompéi que cette teinte a été baptisée « rouge pompéien ».

Ce rouge provient du cinabre (sulfure de mercure) exploité dans la mine d’Almadén en Espagne, comme l’ont montré des analyses et que Pline l’Ancien appelle dans son Histoire naturelle : « minium ».

L’exposition à Rome fin 2007 début 2008 « Rosso  pompeiano » faisait référence à cette fameuse couleur au travers d’une centaine de fresques des bâtiments publics ou privés de Pompéi et Herculanum et des grandes demeures de Campanie au musée national romain ( Palazzo Massimo). Elle présentait un survol complet de la peinture romaine du 1er siècle avant J-C à la date de l’éruption du Vésuve en l’an 79 de notre ère :

La couleur « rouge » est la couleur par excellence, la première des couleurs, la plus vive, et le terme couleur peut désigner le rouge, ce rouge qui entretient un rapport privilégié avec l’éclat, la lumière.

L’étymologie et l’histoire du lexique du rouge confirment également l’intérêt porté à cette couleur dès l’Antiquité. Le « rouge » a aussi un lien étroit avec le beau(pour des raisons historiques ou techniques tinctoriales – autrefois la plus stable des couleurs et donc la plus belle – peut-être aussi pour des raisons symboliques), le rouge a été lié à l’apparat, au mérite (rois, empereurs, chefs des armées et de l’Eglise, robe de mariée jusqu’à la fin du XIXe siècle) , couleur de référence dans toutes les civilisations, le rouge est aussi la couleur la plus ambiguë :

rouge vie, ardeur, courage, dignité, mérite, mais encore, rouge mort, colère, meurtre, alarme et danger, couleur de l’interdit et du péché, de l’enfer et de Lucifer, des bourreaux et des forçats, des prostituées et de Judas à Barberousse , de l’hypocrisie, de la trahison et du maléfice.

Son histoire : utilisé par les Romains, le cinabre était importé d’Almedén en Espagne, transporté sous bonne garde puis traité à Rome dans des ateliers très actifs situés entre les temples de Flore et du Quirinus. Il était à l’époque le pigment le plus onéreux que l’on trouve sur le marché. Selon Pline l’Ancien, le minerai de cinabre coûtait aussi cher que le bleu d’Alexandrie (50 sesterces la livre) soit 15 fois le prix de l’ocre rouge d’Afrique, son alternative. On mesure la valeur du rouge de cinabre dans les fresques de la Villa des Mystères à Pompéi ou encore à la Villa Poppaea à Oplontis. Ce pigment y est utilisé pour les fonds omniprésents ici et généralement réalisés à l’aide de simple ocre rouge. L’abondance de cette couleur atteste de la fortune des propriétaires du lieu qui se sont servis de cette décoration murale pour afficher leur fortune.

De plus, ce pigment d’une inégalable beauté que l’on retrouve dans les œuvres des plus grands maîtres de la peinture, est facilement reconnaissable, car il irradie.

Sa fabrication : le pigment de cinabre était obtenu par le broyage de la pierre dure du même nom, le minerai sulfure de mercure rouge (Hg S). Broyé et mélangé à un liant, il permettait de fabriquer un rouge orangé vif. Le processus était pourtant difficile et coûteux. Il fallait purifier, effectuer la synthèse du cinabre pur puis l’amener à la granulamétrie voulue pour obtenir le rouge recherché.

« Si vous broyez chaque jour pendant vingt ans la couleur deviendrait plus délicate et élégante »  écrit Cennino Cennini, à propos du cinabre artificiel.

Le cinabre avait de plus tendance à virer au noir dans certaines conditions. Vitruve attribuait ce phénomène à l’action de la lumière et de la lune. Il recommandait  pour l’éviter d’enduire la fresque de cire pour éviter ce phénomène d’assombrissement.

A la Villa de Poppée à Oplontis, nous avons retrouvé cependant autant de jaunes que des rouges (comme à Casa di Livia à Rome) ; cependant ces pigments ont été gardés sur site en parfait état de conservation car la toiture avait été épargnée dans son intégralité. La qualité du 2ème style pompéien portée ici à son apogée, permet de supposer que l’on a fait appel pour cette demeure prestigieuse aux maîtres du genre. Elle résume à elle seule tout le luxe de la Rome Antique. Nous sommes restés bouche-bée devant ces fresques éclatantes à dominante rouge  et jaune. Le fond jaune est caractéristique de la période de Néron. Auparavant on lui préférait le bleu.

Cetti en nous amenant jusqu’ici nous a accordé un rare privilège : celui de toucher le passé d’aussi près…

 

 II Le Jaune de Naples

 

Peut-être avez-vous entendu parler du « Jaune de Naples » ?

On le nomme aussi jaune d’antimoine, composé de plomb (Pb 3 Sbo 4), soit de métaenmoniate de plomb, nous obtenons alors Po (sbo 3) . Nous pouvons trouver aussi d’autres matériaux (zinc, bismuth) entrant dans la composition du jaune de Naples.

Son nom est tiré d’une vieille légende qui alimente toujours les croyances aujourd’hui selon laquelle le Jaune de Naples serait issu des laves du Vésuve.

« Il existe un jaune appelé giallorino, couleur très solide, lourde comme une pierre et difficile à casser. Elle s’emploie à fresque et dure à jamais. Mise en œuvre, c’est un très joli jaune, avec cette couleur et d’autres mélanges, on fait, comme je te le montrerai, de beaux feuillages et des teintes d’arbres »  Cennino Cennini, Il Libro dell’Arte.

En Peinture, peut être utilisé à la place du blanc pour éclaircir une couleur sans l’alourdir. Du fait de sa remarquable intensité et de ses nuances vraiment subtiles, il fut très recherché dans l’Enluminure.

Et puis il existe ce roman historique « Jaune de Naples » écrit par Jean-Paul DESPRAT Ed Points 2011 :

En 1770, Marie-Antoinette devient dauphine de France. De Versailles, elle écrit régulièrement à sa sœur Marie-Caroline , reine des Deux Sicile. , Les deux sœurs se lancent un défi :

« Ma porcelaine sera plus délicate que la vôtre ».

Marie-Antoinette tente alors de voler le savoir italien à sa sœur par l’intermédiaire d’un homme de la Manufacture de Sèvres tandis que Charles III , le beau-père de Marie- Caroline tente de faire interdire la production de porcelaine dans le royaume italien.